Analyse du PADD intercommunal par les élus AER

Notre intercommunalité Grand Paris Seine et Oise (GPS&O) a voté son Projet d’Aménagement et de Développement Durables intercommunal (PADDi). Il donne les orientations générales de développement du territoire et il est obligatoire avant le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi).

La majorité de droite de GPS&O, derrière son président et maire de Verneuil, Philippe Tautou, et son vice-président, Pierre Bédier, ont présenté un PADDi consensuel qui satisfera tout le monde...

Il faut dire qu’élaborer un semblant de cohérence sur ce territoire aux bassins de vie multiples semble une gageure. Alors, les communicants de GPS&O ont trouvé la parade : notre interco est une « commuanuté de destins à construire »... Pas évident quand même lorsque la population n’a pas été sérieusement concertée pour l’élaboration de ce PADDi...

Cet article reprend la double intervention de Michel Pres et Lionel Wastl du Conseil municipal d’Andrésy du 16 mai 2017.

Le PADDi de GPS&O : l’absence d’une vraie concertation avec les habitants

Le PADDi de notre communauté urbaine (GPS&O) présenté en conseil d’agglomération le 23 mars est un document de 67 pages. Sa rédaction a été précédée par 6 réunions organisées sur le territoire GPS&O entre le 20 octobre et le 23 novembre. Ces réunions ont rassemblé 1300 personnes.

Chacune de ces réunions a duré environ 2 heures et a démarré par une présentation de la soirée effectuée par une équipe de journalistes. Un film-enquête de 27 minutes était ensuite diffusé, réalisé auprès de 80 habitants représentatifs (âge, sexe, profession) des 73 communes du territoire. On pourra trouver étonnant que ce film ne soit pas disponible sur le site de GPS&O ou sur un réseau social comme Youtube ou Dailymotion. Ce film étant censé ouvrir le « débat » suivant sa projection.

Dans les faits, plus qu’un débat, ce sont surtout des successions d’interventions que l’on a pu entendre avec des avis individuels ne représentant au final même pas les 0,32 % de personnes de l’agglo qui se sont déplacées.

Les réunions se sont succédé sans méthode apparente, avec de vagues résumés sur le site du PLUi, reprenant les interventions les plus vives et reprenant toujours à zéro d’une réunion sur l’autre sans capitaliser et transmettre à la réunion suivante.

Car si l’agglo se félicite d’avoir suivi une « démarche originale » elle est un peu comme une poule qui découvre son œuf. Les élus découvrent qu’en démocratie on peut demander son avis au peuple. Le seul problème c’est que la « démarche » mise en place est complètement bancale. Il n’y a pas eu de débat au sens propre, mais une succession d’avis personnels sur lesquels l’agglo ne peut prétendre bâtir un PADDi.

Aucun travail n’a été construit d’une réunion sur l’autre qui aurait pu permettre aux habitants de voir des axes se construire. Au surplus ces réunions qui étaient filmées et diffusées en direct sur Periscope n’ont même pas ensuite été mise à disposition sur le site du PLUi ou sur les réseaux sociaux diffusant de la vidéo, pas plus d’ailleurs que le film-enquête, qui a dû coûter un peu d’argent à produire pour au final ne pas être rendu public.

Au final, si l’on compare cette « démarche originale » avec une vraie démarche participative mise en œuvre sur notre territoire comme celle d’Haropa pour le projet du Port d’Achères (PSMO), on peut dire qu’on a été à des années lumières d’une démarche de co-construction, et que personne n’aura été dupe de cette enrobage qui ne fait pas le contenu.

« Si les citoyens avaient été consultés,... GPS&O n’aurait pas été créé »...

Car ces réunions sont apparues à beaucoup comme une tentative de donner corps à une entité sans âme. Je cite un participant (et ce n’est pas moi !) : « C’est très bien de consulter les citoyens, mais s’ils l’avaient été avant, il est probable que GPS&O n’aurait pas été créé ! ».

Alors quand l’Agglo dit « grâce à vous, la communauté urbaine a pu s’appuyer sur les idées de ses habitants pour élaborer son PADDi », on se dit qu’elle a plus sûrement su trouver dans les interventions des uns et des autres les petites phrases nécessaires pour les encarts qui venaient illustrer ses propres choix. Il serait trop long ici de reprendre en détails tout ce que nous avons à souligner dans ce document.

Néanmoins on peut en tirer des grandes lignes :

Le PADDi : sur la forme...

Sur la rédaction des phrases

Le texte est en grande partie rédigé autour de phrases qui sont tellement générales qu’au final elle ne disent plus rien. Il est quasiment impossible d’y projeter quelque chose de concret. Au point que tout semble possible, mais rien également. On pourrait prendre ces phrases et les mettre n’importe ou ailleurs en France, cela ne se verrait pas. Au final, ce document est une jolie plaquette publicitaire où tout le monde peut y trouver son compte : on y défend les paysages, l’industrie, l’agriculture..., on veut « consolider » les anciennes filières, tout en « favorisant » les nouvelles..., on veut des logements mais de qualité ; on écrit là qu’il faut « limiter l’extension des zones commerciales », puis on écrit ailleurs qu’il faut « privilégier les grandes surfaces spécialisées en périphérie »...

Sur la rédaction des intitulés

Bien conscient du problème d’unité, de l’absence d’histoire du territoire, et du refus de celui-ci par une partie des habitants, le PADDi multiplie les phrases performatrices pour tenter de convaincre :

- « Une communauté de destin à construire[1] », « Une communauté urbaine pour mieux vivre ensemble », « La Seine fil conducteur du projet », « Territoire attractif », « La CU est construite sur un périmètre cohérent », « Des identités partagées », etc. Toutes la construction du document montre la nécessité qu’a la CU de (se) convaincre de son utilité.

Sur les thèmes

Les thèmes abordés sont d’un très grand classicisme, pour ne pas dire passéiste. Le PADD fait miroiter la campagne, l’histoire industrielle, le passé, dans une vision presque romantique mais complètement déconnectée des intérêts, des modes de vies et des préoccupations des habitants du territoire.

 

« La Ville paysage » laisse perplexe : le titre de l’axe 1 du PADDi laisse songeur et son concept proposé perplexe. La « Ville paysage » est un projet de l’urbaniste Rudolh Schwarz. L’idée est que l’espace vert et l’espace public structurent et déterminent l’urbanisation et les villes. Leur développement ne doit plus partir du bâti à construire, mais de l’environnement. Or, son application n’est pas du tout respectée dans les projets immobiliers portés ou développés dans de nombreuses communes du territoire, notamment à Carrières et à Andrésy.

 

Sur l’environnement

La vision portée par le PADDi n’est pas rassurante quand elle associe le paysage à une vision très utilitariste : tout est exploitable dedans, sa valeur esthétique, son rendement, etc.

La nature, à l’image du projet Trek’île sur Andrésy, doit être utilisée, coûte que coûte. Elle doit trouver une forme de rentabilité. Nous ne partageons pas cette vision.

Si l’on peut se féliciter de voir les circuits courts « encouragés », on peut regretter que le verbe choisi ne soit pas « soutenir » ou « aider ». Tristement le PADDi ne dit rien sur le soutien à l’agriculture biologique qui augmente pourtant de 30 % par an et qui aurait pu être dirigé vers les cantines de l’agglo.

Développement économique

La majeure partie des efforts semblent orientés vers l’industrie et le fleuve sous prétexte de la présence de quelques très grandes entreprises, comme s’il fallait absolument rester tourné vers le passé et accrochés à l’existant. Ces entreprises ne peuvent être un programme d’emploi à elles seules. Les rédacteurs du PADD semblent incapables de s’ouvrir d’autres portes complémentaires vers le futur et offrir les conditions de développement vers des métiers peut-être inconnus.

Pas d’esprit moteur sur le télétravail, aucune mention ni est faite alors que la citation d’un habitant l’évoque et que entreprises et travailleurs indépendants sont de plus en plus nombreux à chercher des lieux agréables, avec une connexion Internet de qualité et pas du coworking dans un espace froid de hall de gare, comme à Conflans par exemple.

Le PADD ne parle pas non plus du soutien aux commerces des petites villes.

Pas un mot sur l’Economie Sociale et Solidaire qui représente pourtant 10 % de notre PIB et dont des acteurs importants sont pourtant présents sur notre territoire.

Dans la continuité, pas un mot sur l’économie au service des personnes âgés (la Silver Economy). L’enjeu est crucial : il s’agit de permettre et d’encourager les innovations qui vont nous accompagner dans notre avancée en âge et faire reculer la perte d’autonomie. Cette orientation est créatrice d’emplois, y compris des emplois industriels.

Mobilité et transport

Si le PADD mise beaucoup sur l’arrivée d’EOLE, c’est peut-être un peu trop. Lorsqu’il évoque la rive droite c’est pour parler de franchissements, mais ni le mot « SNCF » ni celui de « ligne J » ne sont utilisés dans tous le document. Tous ne pourront franchir la Seine pour aller prendre EOLE tout simplement parce que cela n’est pas pratique.

Les pistes cyclables sont encore une fois pensée autour de la Seine. Quid des habitants sur les collines ? Si l’on veut faire diminuer l’usage de la voiture, il faut aussi envisager la géographie en 3D du territoire.

A propos de la voiture, GPS&O se fait discret : pas une ligne sur les projets routiers pourtant soutenus par les élus de GPS&O (voir encadré). Inversement, pas un mot sur le thème de la diminution de la place de la voiture, sur la sécurité routière, sur le frêt ferroviaire,...

GPS&O n’évoque pas les sujets qui fâchent : Si le projet EOLE a le droit à des paragraphes entiers et de jolies cartes, les projets routiers, très polémiques, ne sont pas mentionnés.
Alors que la majorité de GPS&O est favorable au projet du prolongement A104 entre Méry et Orgeval, pas un mot. Idem lorsque le PADDi évoque la nécessaire (ré)union des rives gauche et droite : pas un mot sur le projet du pont d’Achères/Denouval, au-dessus des habitations de l’île de la Dérivation et face aux immeubles d’Andrésy. Rien non plus sur la déviation de Verneuil (RD 154).
Rappelons que ces grands projets sont déjà tous pastillés sur les cartes du SDRIF (LNP, Pont d’Achères, A104, etc.) et que l’un des vice-présidents de GPS&O, Karl Ollive, maire de Poissy, vient de demander publiquement une reprise du projet A104...

De nombreux points associés au PADD relèvent d’obligations nationales ou internationales qui dépassent la CU. Les mentionner sans faire référence à ces obligations n’est pas d’une grande honnêteté intellectuelle.

Au final, après avoir imposé aux habitants une interco sans queue, ni tête, faisant fi des bassins de vie, la vision de l’aménagement de cet énorme territoire éclaté ne pouvait être que consensuel, sans grande ambition et surtout très désincarné. Et ce qui n’arrange rien, c’est que l’exécutif de GPS&O s’est contenté de quelques réunions publiques en guise de concertation...



[1] ... qui vient d’ailleurs contredire le début du préambule : « La démarche engagée a fait émerger une communauté de destin », ou est-ce que le PADDi a été écrit avant ?...