Le maire d’Andrésy supprime les réunions de quartier

En 2014, Hugues Ribault créait un adjoint dédié à la « démocratie participative ». En 2016, il supprime les réunions de quartier.

La disparition des réunions de quartier est une étape supplémentaire du recul démocratique caractérisant notre ville depuis la prise de pouvoir de Hugues Ribault en 2001. Mais c’est une étape décisive et fortement symbolique du penchant autocratique du maire, soutenu par sa majorité municipale.

Alors que les experts et l’État encouragent le développement d’instances participatives au niveau local afin de réconcilier les citoyens avec la politique, le maire d’Andrésy fait tout le contraire.

La fin de ces réunions publiques, dans lesquelles les habitants et tous les élus pouvaient se rencontrer, est un bon moyen d’étouffer le débat local alors que la majorité municipale de M. Ribault s’est lancée dans des projets immobiliers qui feront augmenter la population de 20% en 8 ans.

Le maire a décidé, à leur place, de créer des « permanences » entre son équipe et les habitants. Mais elles ne remplaceront pas ces réunions publiques. Bien évidemment, ces « permanences » permettent d’exclure tous les élus d’opposition municipale qui ne pourront plus être présents, écouter les habitants et donner leur position.

Les faits

Sans en référer au Conseil municipal, Hugues Ribault a décidé de supprimer les réunions de quartier d’Andrésy. Elles avaient lieu deux fois par an, dans trois lieux différents (Denouval, Charvaux et Hôtel de Ville).

Les trois mandats de M. Ribault ou l’imposition d’une autocratie locale :

Mandat 2001-2008 :
- Suppression des Groupes de Travail et de Concertation (GTC) avec les associations ;
- Dissolution du Comité des Fêtes de la Ville ;
- Dissolution de la Caisse des Ecoles ;
- Interdiction des tribunes de l’opposition pendant les campagnes électorales ;
- Exclusion des associations de quartiers du Forum de la Ville.
- Retrait de la parole au public en Conseil municipal.

Mandat 2008-2014 :
- Exclusion des Associations environnementales du Forum de la Ville ;
- Restriction de paroles des élus d’opposition en CM ;
- Décision de passer de 6 à 3 réunions de quartiers biannuelles ;
- Condamnation par le TA pour « non-respect du droit des élus municipaux ».
- Obtention du « Bonnet d’âne de la Démocratie locale » par l’association nationale des élus d’opposition (AELO), présidée par la sénatrice C. Ripoul (LR).

Mandat 2014 – 2020 :
- Nouveau règlement intérieur du Forum voté excluant les associations de cadre de vie et environnementales ;
- Suppression des réunions de quartier publiques biannuelles.
(…)

Elles sont dès à présent remplacées par des permanences (voir notre Agenda) qui permettront au maire d’éviter la présence des élus de l’opposition, la présence des journaux locaux et d’éviter de rendre public tout mécontentement.

Décision brutale mais finalement cohérente au regard du bilan de M. Ribault sur ses trois mandats, en matière de démocratie participative (voir ci-joint).

Certes, les réunions de quartier à Andrésy avaient des défauts : il n’y a jamais eu de compte-rendu proposés. Par ailleurs, les « délégués de quartiers » , créés en 2014 et recrutés chez les amis de M. Ribault, n’étaient pas toujours présents à ces réunions. Enfin, les habitants pouvaient constater l’absence de nombreux maires-adjoints à ces réunions publiques… Mais ces dernières avaient au moins le mérite d’exister.

Les raisons de la disparition des réunions de quartier d’Andrésy

Le maire d’Andrésy et sa majorité municipale ne supportaient plus certains coup de sang d’Andrésiens en pleine réunion publique : comme plusieurs habitants scandalisés par le projet immobilier Les Charmilles (rue de Bel-Air - réunion de quartier, automne 2013) ou comme des parents furieux de l’absence d’investissements dans l’école des Charvaux (réunion, novembre 2015) ou encore comme des riverains inquiets par le projet immobilier de la Gare (réunion Centre/Denouval, juin 2014)…

La goutte d’eau en trop fut la remise en main propre par l’association Trank’île de la pétition contre le projet de parc urbain Trek’île, lors de la réunion Centre (juin 2015), devant les journalistes de la presse locale.

Hugues Ribault et sa majorité municipale ne pouvaient plus tolérer non plus la présence et les interventions ponctuelles des élus de l’opposition municipale dans ces réunions publiques. Pour exemple, lors de la réunion de quartier du Centre (décembre 2014), un habitant avait posé la question au maire de l’augmentation de 15% des impôts intercommunaux. Hugues Ribault avait répondu que cela concernait l’intercommunalité et pas lui. Alors qu’il était vice-président de l’interco et qu’il avait voté la hausse d’impôts. Ce que les élus AER n’ont pas manqué de rappeler, à la plus grande fureur, ce soir-là, de M. Ribault.

Troisième raison de la suppression de ces réunions publiques : les futurs projets de la ville. Andrésy va entrer dans une grande turbulence, dangereuse pour le maire, avec le démarrage de nombreux projets sur la ville.

Des quartiers entiers d’Andrésy en pleine transformation

Projet d’urbanisation de la Gare (200 logements), donc, mais aussi destruction de la Chambre de Commerce (Robaresses) avec construction de 225 logements. Et puis tout récemment, un projet de collectif, le premier sur la rue Maurice Berteaux (au niveau du Parc Briançon), ou encore un autre collectif prévu rue de la Fontaine... Autant de projets qui génèrent déjà beaucoup d’inquiétudes chez les riverains, qui n’auraient pas manqué d’interpeller le maire en pleine réunion publique...

A cela, face aux objectifs de croissance démographique proposés par le maire (+ 25% en 8 ans), plusieurs travaux d’agrandissement des écoles sont prévus, notamment au Parc et à Denouval. Forcément, les parents souhaitent y mettre leur nez. Et la réticence de M. Ribault et de ses adjoints pour communiquer les informations du dossier (notamment les plans des travaux prévus) est déjà avérée dans les conseils d’école.

Bref, autant de réunions de quartier potentiellement houleuses par la présence d’Andrésiens inquiets, par la présence des élus d’AER qui n’auraient pas manqué de donner leur point de vue et leurs analyses… En grand démocrate, le maire d’Andrésy préfère éviter le débat, la confrontation des idées. Et pour cela, il supprime carrément ces réunions publiques.

Des réunions de quartier qui font vivre localement la démocratie

Et pourtant, les réunions de quartier sont considérées comme un outil indispensable au renforcement de la démocratie de proximité. Le Conseil national des Villes, organisme officiel de réflexion des élus locaux, conseille aux maires de développer certaines pratiques locales productrices de liens sociaux et d’intérêt à la chose publique locale : à côté des comités de quartiers (difficiles à mettre en place dans une commune de moins de 13 000 habitants comme Andrésy), il existe, dans de nombreuses communes, des ateliers participatifs (Hugues Ribault les a tous supprimés à Andrésy), des comités de suivis participatifs sur un projet précis, des « diagnostics en marchant », des budgets participatifs, et bien sûr des réunions de quartier. (1)

Beaucoup plus que les simples « permanences » censées les remplacer, les réunions de quartier font vivre la démocratie locale car elles permettent un échange collectif, un débat d’idées, voire une confrontation des points de vue. Sur ce dernier point, les réunions de quartier des Charvaux étaient particulièrement instructives au regard des nombreux problèmes et du nombre d’Andrésiens qui s’y rendaient : chacun pouvait donner son avis sur le meilleur emplacement d’un nouvel arrêt de bus ou d’un passage-piétons.

Les réunions de quartier sont un outil précieux de la vie démocratique aussi parce qu’il permet la rencontre des personnes habitant le même quartier. Deux fois par an, des Andrésiens de différentes catégories sociales, de différentes communautés se parlaient et (re)créaient du lien. (2)

Les « absents du débat public »

Face à la montée de l’abstentionnisme et du désintérêt pour les affaires publiques, les élus ont de plus en plus de mal à connaître l’opinion de ces « absents du débat public ». Les réunions de quartier sont reconnues comme une première passerelle permettant de reconnecter une partie de ces absents à la vie locale. A chaque réunion de quartier, certains Andrésiens, en retrait, à l’arrière, venaient écouter, voir le maire et les élus. Ils ne souhaitaient pas poser de questions ou participer au débat ; ils ne maîtrisaient pas forcément tous les codes de l’échange ou les problématiques de la ville. Mais ils venaient. Juste pour écouter quelquefois.

Après les avoir encensés, la majorité de M. Ribault a beau maintenant applaudir à la suppression de ces réunions publiques (lire la tribune de M. Ribault, JM, mai 2016) et affirmer que les « permanences », qui remplacent ces réunions, sont « concrètes et utiles pour la démocratie de proximité », toutes les études sociologiques en la matière disent exactement le contraire, comme nous venons de le remarquer.

Les permanences de maires-adjoints proposées par M. Ribault ne remplaceront jamais ces réunions publiques. Par cette décision surprenante, au moment où les réunions de quartier se généralisent dans les communes françaises, M. Ribault et sa majorité font un retour en arrière brutal.

« Permanences » du maire, clientélisme et loi du plus fort

Car quel est intérêt de ces « permanences », si ce n’est de régler les problèmes discrètement, entre quatre murs, sans débat, sans participation des élus de l’opposition, sans démarche constructive basée sur la concertation, sans transparence des affaires publiques ?

Pire, les permanences sont la porte ouverte au clientélisme. Elles pourront profiter à une poignée d’habitants, proches du maire, ou alors à des Andrésiens sachant ou osant s’exprimer. La loi du plus fort dictera les décisions du maire. Les « absents du débat public » en seront pour leurs frais…

Encore une promesse électorale de la majorité Ribault non respectée

S’éloignant des politiques prônées en matière de démocratie participative par le ministère du Développement durable, Hugues Ribault renforce son image d’autocrate. Les élus d’AER, lors du dernier conseil municipal, ont rappelé au maire que la suppression des réunions de quartiers était aussi une trahison de son propre programme sur lequel il a été réélu il y a deux ans. En page 9 du programme de la liste de M. Ribault, celui-ci promettait de « poursuivre et de renforcer l’intérêt (sic) des réunions de quartiers ».

Depuis maintenant trois mandats, si les actes ne mentent pas et prouvent le penchant autocratique du maire d’Andrésy, ce dernier tente, néanmoins, de donner le change avec, pour son troisième mandat, une nouvelle délégation dite de « démocratie de proximité ». Celle-ci a été donnée au maire-adjoint, Jean-Pierre Dos Santos, qui n’a rien eu à redire de la suppression des réunions de quartiers…