PLUi de GPS&O - Partie 1 : les ateliers-citoyens à la mode Bisounours

Notre intercommunalité travaille sur son Plan local d’urbanisme (PLUi) qui, en 2019, remplacera tous les PLU des 73 villes de l’agglomération.

La majorité de MM. Tautou et Bédier a organisé des « ateliers citoyens » pendant deux mois dans des villes du Mantois puis de la Confluence. Il s’agissait officiellement de réfléchir et travailler ensemble, avec les associations et les habitants, sur ce PLUi.

Ces ateliers étaient présidés par la vice-présidente en charge de l’Urbanisme de GPS&O (et maire-adjointe d’Achères), Suzanne Jaunet.

De fait, GPS&O a fait travailler les participants sur des thématiques consensuelles et largement hors sujet d’un PLU.

Pendant qu’on évitait soigneusement les vrais enjeux d’un PLU (notamment les règlementations d’urbanisme), la majorité de MM. Tautou et Bédier travaillait secrètement à la fixation de ces mêmes règles.

 

Notre communauté d’agglomération Grand Paris Seine et Oise (GPS&O) élabore son plan local d’urbanisme (PLUi). Celui-ci viendra remplacer tous les PLU des villes de notre agglomération fin 2019.

Depuis sa création le 1er janvier 2016, GPS&O essuie d’incessantes critiques sur l’inefficacité de cette énorme intercommunalité de 73 villes et 405 000 habitants.

  • Critiques sur sa dimension purement politicienne : Une interco présidée par Philippe Tautou et créée de toutes pièces par la droite yvelinoise derrière le président du département, Pierre Bédier, qui ne voulait surtout pas d’une interco autour de la confluence, sans le Mantois ;
  • Critiques sur son inefficacité chronique en termes de rendu de services publics ;
  • Critiques sur sa gabegie financière (recrutements à tour de bras) et sur l’absence de toutes économies d’échelle réalisées (hausse des impôts locaux, comme à Conflans ou Andrésy) ;
  • Critique sur son organisation, dont l’organigramme des services reste opaque et toujours inconnu après deux ans...

L’approche participative proposée

Une méthode de travail de qualité : les participants étaient regroupés autour de tables de travail. Trois temps de travail étaient organisés sur trois thématiques. Chaque table avait l’un des trois thèmes à travailler pendant 40 minutes, puis reprenait, lors du second tour de table, le travail d’une autre table (pendant 30 minutes). Enfin, lors du troisième tour, les tables n’avaient plus que 20 minutes pour ajouter des propositions aux deux premières tables.
La démarche était plutôt réussie et permettait de confronter les idées et les projets.

Pour tenter de rapprocher cet énorme machin bureaucratique de ses citoyens, GPS&O a passé commande auprès d’une société privée pour tenter une approche « participative » avec la population en vue d’élaborer son PLUi. Elle s’est concrétisée par l’organisation d’ « ateliers citoyens », courant octobre et novembre, dans les villes du Mantois puis de la Confluence.

De 40 à 100 personnes se sont déplacées selon les lieux et les dates des huit ateliers. Le public était constitué très majoritairement de maires et d’adjoints, d’élus municipaux de base, de citoyens engagés dans le mouvement associatif et sensibilisés aux questions d’aménagement du territoire, quelques entrepreneurs locaux. Les citoyens lambda se comptaient sur les doigts de la main.

Ces ateliers étaient présidés par la maire-adjointe à l’Urbanisme d’Achères et vice-présidente de GPS&O déléguée à l’Urbanisme, Suzanne Jaunet.

Trois thématiques imposées

Première surprise au démarrage de ces ateliers citoyens : l’imposition de trois thématiques de travail portant davantage sur le PADD (le programme d’aménagement de développement, déjà voté) que sur le PLUi : « Paysages », « Mobilité » et « Attractivité » (voir les dossiers de contribution ci-contre).

Trois thématiques consensuelles et très éloignées des vrais problèmes censés être résolus dans un PLUi – comme les règles d’urbanisme notamment – et déclinées autour de questions trop précises, ciblées et fermées, à l’instar du thème « mobilité », circonscrit aux seules mobilités douces, mais n’abordant ni les voitures ni les routes…

Dans ces conditions et avec ces règles du jeu, les ateliers se sont transformés en réunions mode Bisounours dans lesquelles les participants convergeaient logiquement vers les mêmes souhaits : un cadre de vie agréable, des centres-villes vivants, des services publics exemplaires ou des espaces verts protégés. Et, en matière de propositions, on se retrouvait hors PLUi ou carrément en plein rêve.

Des ateliers pour la forme, pas pour le fond

Alors oui, les membres des ateliers souhaitent, comme tout le monde, « préserver les espaces verts et boisés », « plus de mobilité douce : cheminements, bus et trains », « des zones d’activité accessibles » avec des « crèches et des restaurants inter-entreprises »

Ils souhaitent aussi, comme tout le monde des « zones commerciales plus esthétiques », tout en exigeant « le maintien du commerce local »

Les questions portant sur la Seine dans le thème « Paysage » ont été l’occasion aux habitants de rêver encore plus : des passerelles piétons pour relier les deux rives, « des zones de pique-nique et barbecues en bord de Seine » et même… « un téléphérique »  !

Peu importe si toutes ces priorités peuvent se contredire, sont hors budget ou, pire, sont hors sujet d’un PLUi… Les organisateurs et la vice-présidente de GPS&O, Suzanne Jaunet, étaient très satisfaits de ces échanges conviviaux et consensuels. Il faut quand même le dire : c’est tout de même sympa de discuter avec les habitants de petites fleurs et de promenades en bord de Seine à vélo… Il manquait juste l’apéro…

Mais, lorsqu’à l’un des ateliers de Carrières-sous-Poissy, un participant a tenté d’évoquer, en fin de réunion, les projets routiers de la Confluence (déviation Verneuil-Vernouillet et pont d’Achères/Denouval), la vice-présidente de GPS&O a fait les gros yeux : « ah ça… il faudrait en parler avec les services Voiries… et puis si on en parle, on ne sera pas tous d’accord ».

Fermez le ban et circulez citoyens !

On l’aura compris, ces ateliers sont restés très éloignés des problématiques centrales d’un PLUi. Car ce dernier est censé fixer les orientations réglementaire en matière d’urbanisme de l’ensemble du territoire.

Ce que les citoyens auraient dû voir...

Les élus GPS&O auraient dû faire travailler les ateliers sur :

  • l’affectation des sols et la destination des constructions ;
  • le zonage de nos communes (quelles zones sont à densifier ?...) ;
  • la morphologie et l’implantation des constructions dans nos villes (quelle hauteur, quelles distances de la rue, quelle emprise au sol des habitations ?...) ;
  • les caractéristiques urbanistiques pour tendre vers la « qualité urbaine, architecturale et écologique », telles qu’elles sont définies dans le programme d’aménagement (PADD) déjà voté par GPS&O ;
  • les flux de mobilité et les déplacements

Bref, faire travailler les habitants sur les points fondamentaux d’un PLUi.

 Mais voilà : pour nos élus, ces questions portant sur l’urbanisme ont deux défauts :

  1. Premièrement, ils ne font pas consensus. En particulier quand on connaît les ambitions de constructions de logements qui ont toujours animé le président de GPS&O ou quand on sait que sa majorité soutient les projets routiers sur le territoire.
  2. Deuxièmement : aux yeux des élus GPS&O, un PLUi avec ses réglementations de construction sont à réserver aux experts et aux élus qui, in fine, décideront seuls…

On pourrait rétorquer qu’évoquer ces points d’urbanisme était trop tôt, car finalement, le PLUi de GPS&O sera validé en 2019 par l’assemblée des élus.

Des grandes lignes déjà définies mais dont on ne parle pas

Oui, mais voilà : MM. Tautou et Bédier, Mme Jaunet ont déjà – discrètement – travaillé et fixé les règles même s’ils prétendent le contraire.

En effet, pendant qu’on amusait la galerie citoyenne avec ces ateliers, la majorité de M. Tautou proposait vers la mi-novembre un zonage bien précis du territoire avec des zones définies dénommées « Centralité, pavillonnaire, collectif, grand ensemble, pavillonnaire, … ». Les tracés délimitant le zonage ont déjà été réalisés pour toutes les villes, même s’ils demeurent « indicatifs »

Pourquoi ce zonage n’a-t-il pas été présenté aux membres des ateliers afin, justement, que les habitants puissent donner leur avis et travailler dessus ?

On trouve, page 68 de ce document, un exemple de ce qui n’est pas dit et susceptible de soulever des polémiques. Un certain nombre de communes de GPSeO ne respectent pas la loi SRU sur le logement social et sont encore en-dessous de la règle des 25%. C’est bien évidemment une question qui n’a pas été abordée dans les ateliers. Et pourtant, là encore, les choses ont bien avancé chez les élus !

Ainsi, la majorité Tautou-Bédier-Jaunet proposent que les communes en-dessous des 25% soient obligées de faire un effort supplémentaire de construction de logements sociaux.

Concrètement, une ville comme Triel, en-dessous des 12%, sera obligée de prévoir 50% de logements sociaux pour tout nouveau projet immobilier. Une ville comme Andrésy, à moins de 20%, devra 40% de logements sociaux dans ces projets (ce qu’elle ne fait pas pour ses deux grands projets immobiliers : CCI et Gare) et enfin celles comprises entre 20 et 25% devront pousser à 30% !

Interrogée en fin d’atelier par les élus AER sur l’existence de ce travail, la vice-présidente Jaunet a d’abord accusé le coup. Puis a rappelé qu’il « fallait laisser du temps aux services pour travailler le zonage et la règlementation ». Pas de réponse lorsqu’on lui a demandé pourquoi les ateliers n’ont pas travaillé sur ces questions…

300 000€ de votre poche

Clairement, ces « ateliers citoyens » n’ont servi à rien, si ce n’est se donner bonne conscience et ensuite communiquer sur « l’exemplarité de la concertation de GPS&O », comme devrait le faire les services de MM. Bédier et Tautou lors de la future enquête publique.

Ces petites réunions qui auront coûté 300 000 € aux contribuables de l’interco auront néanmoins permis aux participants de découvrir des élus de GPS&O (dont sa vice-présidente en charge de l’urbanisme, Mme Jaunet) guère portés sur les principes du développement durable (1) et ne comprenant décidément rien à la notion de démocratie participative...

 -----------

(1) Lire notre (prochain) article : « PLUi de GPS&O - Partie 2 : les déclarations explosives de la vice-présidente à l’Urbanisme de GPS&O ».