Pont Achères (RD30-RD190) : la nouvelle connexion départementale - Etat et Conseil général passent outre l’avis du Commissaire enquêteur

L’enquête publique : avis défavorable du Commissaire-enquêteur !

En juillet 2012, divine surprise pour les opposants au pont d’Achères/Denouval. Le commissaire-enquêteur émet un avis défavorable. Pour deux raisons essentielles.

  1. Le pont qui enjambera la Seine est d’abord « très présent dans le paysage et sans mesure pour compenser cette sensation. Il y a dégradation des conditions sonores (multiplié par 4), même si on reste dans les normes règlementaires. Il y a dégradation des conditions de qualité de l’air et de l’environnement sonore », notamment pour les habitants de l’île de la Dérivation, mais aussi pour les habitations situées sur la rive gauche, à Carrières et à Andrésy, avec les vents dominants sud-ouest. « Des lieux très calmes subissent une augmentation très importante de leur ambiance sonore », martèle le commissaire. Le projet routier, au niveau du pont, a aussi « des incidences plutôt négatives sur le paysage, avec absence de mesures compensatoires pour l’insertion du viaduc », notamment au niveau des murs anti-bruits.

  2. L’enquête publique a bien révélé l’incohérence suprême que constitue la présence de deux projets routiers au même endroit, entre Achères, Carrières et Andrésy : une autoroute souterraine et un pont ! Pour l’expert désigné, « nous touchons ici au problème de fond du dossier : comment justifier de faire un pont à l’emplacement où l’Etat a prévu de faire un franchissement sous-fluvial ? ». Voilà « une position très difficile à développer car on entend à la fois le CG 78 qui dit « je fais tout seul parce que l’Etat ne décide pas assez vite » et des déclarations de bon sens qui confirment que l’on pourrait étudier une mutualisation d’un seul franchissement en sous-fluvial », analyse sévèrement le commissaire.

 

L’Etat et le Conseil général passent outre !

La joie fut de courte durée. Dès l’été 2012, le préfet déclare le projet routier d’ « utilité publique », malgré l’avis défavorable.

Le Conseil général des Yvelines, financeur du projet, se réuni en assemblée dès le 13 juillet 2012, suite à l’avis défavorable du commissaire-enquêteur. La majorité UMP/Divers droite des Yvelines a réalisé, ce jour-là, ce que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de « coup de force » en demandant au préfet de poursuivre le projet routier de 4 voies entre Achères et Triel, par la plaine de Chanteloup.

Philippe Tautou n’est pas que vice-président de la CA2RS et maire de Verneuil : il est aussi conseiller général UMP. Et c’est lui en personne qui a sonné la charge contre la conclusion du commissaire, en remettant en cause ses arguments défavorables.

Parlant au nom de sa majorité, Philippe Tautou a expliqué que « le Conseil général prenait acte de l’avis défavorable mais restait convaincu de l’utilité publique de ce projet qui désenclavera la boucle de Chanteloup en permettant le développement des projets de ce territoire que ce soit en matière de développement économique, de logement et d’aménagement durable ».

Philippe Tautou a usé de l’argument traditionnel de réduction de la circulation routière sur les voies environnantes, grâce au pont d’Achères – ce qui compenserait l’impact polluant du projet. Argument non vérifié par les derniers projets routiers franciliens (notamment le prolongement de la A104 entre Roissy et Cergy) qui accentuent le trafic sur les voies secondaires connectées à la nouvelle route.

Pour répondre à cette critique de fond, la majorité de droite du département a développé un argument qui ne tient pas devant la réalité du projet routier : « les deux projets répondent à des objectifs différents ». Pour Philippe Tautou, on ne peut concevoir un souterrain à la place du pont « si l’on veut avoir une desserte fine du territoire avec un maillage sur le réseau routier existant ».

Mais, l’étude des projets A104 et de la liaison RD 30-RD 190 infirme la position de M. Tautou : il est bien prévu une entrée/sortie de la Francilienne sur les deux rives de Seine, tout comme pour la connexion départementale. Ainsi, la A104 servira de « desserte fine » sur le territoire de la CA2RS – ce qui est d’ailleurs toujours le cas pour une voirie autoroutière traversant des zones urbaines. Les deux projets sont bien redondants, du moins sur le papier.

Face au coup de force des élus du département, les associations ont déposé des recours auprès du tribunal administratif, en 2013.

Conclusion

En conclusion, nous ne pouvons qu’être affligés par la façon dont les élus favorables au projet ignorent les débats publics et surtout l’avis du commissaire-enquêteur. A quoi servent donc les enquêtes publiques si, in fine, la collectivité en charge du projet passe outre ?

Plus localement, les personnes intéressées par ce projet ont pu constater la tactique de la majorité municipale d’Andrésy et de son maire : on soutient et on vote le projet mais on déclare son opposition pendant les campagnes électorales ou après les décisions prises.

Position géographique

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